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L’accord AEUMCA inquiète des acteurs économiques qui traitent avec l’Asie

2018/10/04

Source: Radio Canada
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1127767/alena-chine-asie-acteur-economique-manitobain-commerce-libre-echange-usmca

JULIEN SAHUQUILLO

Le nouvel accord de libre-échange nord-américain comprend une clause qui limite les accords commerciaux internationaux des signataires. Cette disposition inquiète des acteurs économiques du Manitoba qui font du commerce avec des pays asiatiques tels que les producteurs de canola.

C’est le chapitre 32 de l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC), qui a surpris les économistes et les gens d’affaires, selon Éric Courcelles, directeur de la stratégie du World Trade Centre à Winnipeg. « Ce n’était pas quelque chose à laquelle on s’attendait », explique-t-il.

Cette partie de l’accord limite les ententes commerciales avec d’autres pays hors de l’AEUMC. Ainsi, pour mettre en place un nouvel accord de libre-échange avec un partenaire économique comme la Chine, le Canada aurait besoin de l’autorisation des États-Unis et du Mexique.

Un dispositif légal qui pourrait avoir des conséquences sur les échanges avec l’Asie, selon Éric Courcelles. « Nous exportons beaucoup de matières premières comme du grain, des métaux, du bois, vers la Chine et l’Asie de manière générale. Nous importons aussi des machines et des pièces industrielles. Cela peut toucher certaines entreprises au Manitoba, » dit-il.

Pour Jim Everson, président du Conseil canadien du canola, c’est un frein au développement économique des producteurs. Nous sommes inquiets de tout accord qui limite notre capacité à améliorer notre accès au marché chinois, explique-t-il. Une situation qu’il estime défavorable, là où le canola canadien a déjà du mal à s’implanter de l’autre côté du Pacifique. Le canola canadien fait face à un désavantage tarifaire vis-à-vis d’autres huiles d’oléagineux qui pénètrent le marché chinois, précise-t-il.

Un manque de compétitivité qui nécessite un appui gouvernemental avec la poursuite des discussions entre le Canada et la Chine. Nous avons estimé avec un rapport indépendant pour le Conseil canadien du canola que ce marché pourrait améliorer sa valeur de 1 million de dollars s’il s’agissait d’un environnement sans taxes, soutient Jim Everson.

Mais, pour Éric Courcelles, il n’y a pas lieu de s’inquiéter dans l’immédiat. Un accord Canada-Chine prendrait, selon lui, plusieurs années. On parle d’une décennie ou deux avant de conclure une quelconque entente avec la Chine, souligne-t-il.

Je pense que ce sera le statu quo pendant au moins quelques années.

Éric Courcelles, directeur de la stratégie du World Trade Centre à Winnipeg

Éric Courcelles explique cependant que cela pourrait devenir un réel problème dans les dernières années du mandat de l’AEUMC. Pour lui, le danger réside davantage dans le message que cet accord envoie au reste du monde. On établit des règles du jeu en Amérique du Nord et il se peut qu’un autre bloc économique prenne la même décision, explique-t-il. Il s’agit d’un modèle de protectionnisme qui, s’il est imité ailleurs, pourrait être dommageable pour le Canada, conclut-il.

Photo : Associated Press/Jacquelyn Martin